Une journée en REP + dans les quartiers Sud d’Avignon

Deux militants de la section 84 de la CFDT Éducation ont passé la journée du mardi 28 avril à cheminer le long du Boulevard de la Rocade. Ils étaient là pour "parler travail" avec les enseignants et les personnels des écoles du Réseau d'éducation prioritaire renforcé Anselme Mathieu.

L’antenne locale de Radio France se fait régulièrement l’écho de la violence ordinaire dans le quartier populaire de la Rocade d’Avignon, zone gangrénée depuis les années 70 par la lèpre urbaine, par le trafic de drogue et par la pollution des embouteillages de poids lourds. « De nouveaux tirs ont éclaté sur la rocade d’Avignon (Vaucluse) ce vendredi 6 avril 2024, vers 23h30. Un jeune homme d’une vingtaine d’années, défavorablement connu des services de police, a été blessé au niveau de la jambe, en face de la Poste des Olivades. »

Nous avons rencontré en premier lieu la directrice de la maternelle et le directeur de l’élémentaire des Olivades, tous deux extrêmement chevronnés et impliqués de longue date dans la coordination du Réseau. Le quartier, objet de programmes de rénovation urbaine depuis 10 ans, paraît sens dessus dessous, mais en effet les écoles bénéficient d’investissements matériels considérables. Tandis que des classes doivent fermer ici comme ailleurs pour des raisons de démographie — ce qui ne va pas sans poser problème ; la directrice nous a confié qu’elle et son équipe étaient reçues en audience l’après midi même à ce sujet –, des parcs et des cours végétalisées sont promis aux élèves des Olivades. Le directeur note, optimiste, que les points de deal seront ainsi écartés de l’environnement immédiat de ceux-ci.

Si on met de côté les destructions de barres et de tours, les fermetures de classes systématiques, mal vécues par les équipes du Réseau, s’expliquent aussi par la création légèrement en retrait de la Rocade d’une école voulue « modèle », l’école primaire Melly et Paul Puaux vouée à délester le secteur. Or, force est de constater que la directrice de l’école en question – 7 classes et une Unité d’Enseignement Élémentaire Autisme ouvertes en 2024 – et ses adjointes ne voient pas les choses de cette manière : un bâtiment superbe et dysfonctionnel, 40 équipes éducatives depuis le début de l’année, une multitude de « faits établissements », des parents agressifs, un public de REP+ sans le label ni le temps accordé ni les primes, etc. Cherchez l’erreur… La souffrance au travail, paradoxalement, nous a paru particulièrement vive dans ce cadre idyllique.

Soyons justes : la cour de l’école maternelle Trillard, conçue et reconfigurée avec les enseignants, est très appréciée par la directrice et son équipe ; la coordinatrice du dispositif Moins de Trois Ans des Grands Cyprès, bientôt à la retraite, évoque encore la scolarisation des Tout-Petits avec un enthousiasme communicatif ; les enseignants de l’élémentaire Fabre A ont conservé un humour décapant d’après leur panneau d’affichage dédié dans la salle des maîtres.

Mais laissons le dernier mot aux principaux intéressés : les enfants dont les parents et enseignants ont la charge. Un reportage du 26 février 2025 sur l’antenne D’ICI Vaucluse à propos des quartiers Sud constate que « quand on interroge les enfants, les plus jeunes ne réalisent pas vraiment ce qu’il se passe autour d’eux. Certains évoquent la médiathèque ou les aires de jeux comme points positifs dans leur quartier. « Nous les protégeons de tout ça », souligne une maman. Et puis, un petit garçon de 10 ans profite de notre micro pour parler : « Je n’aime pas habiter sur Avignon, dit-il d’une voix très calme. J’ai entendu parler de jeunes qui se sont tiré dessus près de Cap Sud. C’est pour tout ça que j’aime pas habiter sur Avignon, parce qu’il y a des gens qui tirent. Je ressens de la peur et de la tristesse parce qu’il y a des jeunes qui meurent alors qu’ils n’ont rien fait », ajoute l’enfant. « Cette génération a intégré l’insécurité de son quotidien », résume une passante. »

Nous, conformément à nos valeurs d’émancipation, de solidarité et de démocratie, engagés dans la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques de l’Académie d’Aix-Marseille, sommes à la disposition de tous les agents, titulaires ou non : contactez Rodolphe, Professeur des écoles à Orange, au 07 83 35 75 13